Vise-versa transforme les spectateurs en voyeurs

Cet article est paru dans La Tribune de Tours du 11 juin 2009.
29362L’exposition Kasbah de Kader Attia était déjà, entre-autres, une certaine incitation au voyeurisme. Avec Vise-versa, le doute n’est plus permis : le spectateur devient voyeur en parcourant la galerie expérimentale – une exposition dans l’exposition.

Ce concept a été créé en 2003 à l’initiative du Centre de création contemporaine (CCC) et du bureau des étudiants du CCC. Chaque année, ils sont invités à investir l’exposition en cours, sur un thème imposé, et à donner leur interprétation de l’oeuvre originale et de sa signification. Ce sont les étudiants eux-mêmes qui s’occupent de tout, de la production des oeuvres à la réalisation et la mise en place de leur exposition.

Jusqu’au 14 juin, on peut donc traverser le CCC comme un simple cadre, et non plus comme l’oeuvre d’art spectaculaire que Kader Attia en avait fait, pour aller de l’une à l’autre oeuvre des étudiants. Jean-Christophe Boucart propose une série de photographies prises dans des lieux où la seule règle est justement de ne pas photographier : des maisons closes, des boîtes SM de New York, et des clubs échangistes parisiens.

On peut voir comme un parallèle entre cette oeuvre et celle de Reynald Drouhin, BetaGirl, qui «vole» l’intimité d’une jeune fille dans sa chambre : au moyen d’un montage d’images filmées au moyen d’une webcam, on a l’impression de passer des heures avec cette fille qui semble passer son temps devant la télé.
Plus insolite, peut-être, D’où vient le vent ?, de Raphael Zarka, permet aux visiteurs de voir l’extérieur du centre grâce à une «caméra-girouette», guidée capricieusement par la seule force du vent.
Enfin, deux des artistes, Stéphanie Majoral et Magali Desbazeille abordent directement la question de l’oeil : la première avec L’oeil à la fenêtre, un tirage surdimensionné d’une photo numérique d’oeil, dans la pupille duquel on voit très clairement une fenêtre et le monde extérieure vers lequel elle peut s’ouvrir. La deuxième a inventé un savant stratagème permettant littéralement au visiteur de se «rincer l’oeil» (Je me rince l’oeil) : en versant de l’eau dans un bocal, ce qui crée au fond l’image d’un oeil et d’une silhouette, le spectateur devient voyeur mais aussi l’auteur d’un voyeurisme dont il est l’objet.
Une bonne occasion de se laisser aller à ses instincts voyeuristes, puisque c’est de l’art !

Chloé Chateau

Vise-versa, la Galerie expérimentale du CCC (Centre de Création Contemporaine), à Tours. En collaboration avec l’Université François Rabelais. Jusqu’au 14 juin. Gratuit. http://www.ccc-art.com