Spectateurs de la valse de l’actualité

Samedi, 18h. Il y a la queue devant le studio d’enregistrement de l’émission « Revu et Corrigé », présentée par Paul Amar. Ce sont les futurs membres du public qui fument pour la plupart leur dernière cigarette en attendant d’entrer.

19-H-Paul-AmarIls ont bien raison d’en profiter : dans quelques minutes ils seront assis sans plus pouvoir bouger, parler, boire ou bien sûr s’adonner à toute autre forme de vice, et ce, pendant près de trois heures.

Après avoir laissé ses affaires au vestiaire, il faut passer le détecteur de métaux. On entend les « bip » à l’approche des bracelets, des boutons métalliques… Même les décolletés sont inspectés : « tu sais pourquoi je passe là ? », demande le vigile ? Euh, parce que tu es un peu pervers ? « Parce que les filles, parfois, elles cachent leur portable dans leur soutien-gorge pour pouvoir prendre des photos ou filmer pendant l’émission. » Ah. C’est tout de suite plus politiquement correct. Quant à savoir si c’est plus convaincant…

Une fois à l’intérieur, les derniers arrivés se rendent compte qu’il n’y a même plus une bouteille d’eau de disponible. Mais l’attention est vite captée par les assistants de production, qui remercient tout le monde pour leur présence, et rappellent de contacter l’agence de casting pour récupérer les deux places de spectacle offerte en échange de la présence sur le plateau, après l’émission.

C’est ensuite la ruée vers l’entrée du studio à proprement parler : tout le monde veut être bien placé, et surtout rester avec ses petits camarades – que ce soit parmi les plus jeunes ou bien les plus âgés.

Les assistants de production, qui s’occupent aussi de placer le public, commencent à paniquer un peu, même s’ils le cachent bien : « L’émission va bientôt commencer, et vous êtes plus que prévu, on veut quand même essayer de caser tout le monde pour que vous ne soyez pas venus pour rien, alors on vous demande d’être coopératif, s’il-vous-plaît. Il y en a qui vont devoir se séparer, et d’autres vont devoir sacrifier un peu de leur confort, notamment les plus jeunes, pour que… les autres, puissent être installés comme il faut et que tout le monde rentre. »

Le public est placé tout autour du plateau circulaire. Ceux, ou plutôt celles qui sont placées à proximité des deux grands écrans destinés à diffuser les reportages sont soigneusement choisies… et briefées : « vous serez devant les écrans, donc filmées souvent, faites bien attention à bouger au minimum et à ne rien faire qui soit limite, comme vous décrotter le nez, ou bailler, parce que je vous rappelle que l’émission est filmée en direct ».

Finalement, tout le monde se serre un peu, et le compte à rebours est lancé pour le début de l’émission. Dans la frénésie des dernières minutes, on n’a même pas eu le temps de s’apercevoir que le présentateur et ses deux premiers invités étaient entrés sur le plateau. Paul Amar a encore des mouchoirs autour du cou pour les derniers raccords maquillage, et « cinq, quatre, trois, deux, un », l’émission commence.
Sur le plateau vont se succéder Eric Raoult et Jean-Luc Mélenchon, pour discuter des résultats de la mi-mandat de Sarkozy, de la polémique autour de Marie N’Diaye et de Charles Pasqua, puis Emmanuelle B. et Laurence, sa compagne, qui viennent de recevoir l’autorisation d’adopter un enfant. Elles sont accompagnées par leur avocate, Caroline Mécary. Elles seront ensuite remplacées par le docteur Rony Brauman, pour discuter de la nécessité de se faire vacciner contre la grippe A, puis André Bambeski, le père de Kalinka. Gérard Darmon clôt la valse des invités pour faire la promotion de son dernier album.

Lorsque l’émission s’achève, le public se disperse en quelques minutes. Pas d’applaudissements de tout l’enregistrement, il n’y a eu aucune sollicitation. Les seules réactions sont celles que l’on voit durant les courts reportages diffusés, où l’on sent les commentaires partagés, et celles qui sont faites à la sortie. On sent comme un soupir de soulagement de pouvoir enfin bouger et parler librement à nouveau, et les langues se délient : « c’était super intéressant, vraiment bien du point de vue de l’étude de l’actualité », commente un groupe d’étudiants d’un Master parisien de journalisme une fois sortis dehors, « mais un peu fatigant, quand même », avouent-ils, la cigarette à la main.

Chloé Chateau