Le Club de lecture : Marc Trévidic, Alan Bennett et Erin Morgenstern

Marc Trévidic, Terroristes, Les 7 piliers de la déraison et Alan Bennet, La Reine des lectrices - © Chloé Chateau

Marc Trévidic, Terroristes, Les 7 piliers de la déraison et Alan Bennet, La Reine des lectrices – © Chloé Chateau

Cette semaine, le Club de lecture souhaite la bienvenue à Audrey, du blog Un bout d’ailleurs, qui a souhaité partager avec nous sa lecture du Cirque des rêves, d’Erin Morgenstern. De mon côté, je vous parlerai de La Reine des lectrices d’Alan Bennett et de Terroristes, Les 7 piliers de la déraison, de Marc Trévidic.

This week, let’s welcome Audrey, from the blog Un bout d’ailleurs, who wished to share with us her reading of The Night Circus, from Erin Morgenstern. I will then tell you about La Reine des lectrices, from Alan Bennett and Marc Trévidic’s Terroristes, Les 7 piliers de la déraison.

Erin Morgenstern, Le Cirque des rêves

Par Audrey

L’histoire aurait pu commencer par « Il était une fois » mais elle démarre avec « Le cirque peut arriver sans prévenir ». Dire que ce roman est un coup de cœur est un euphémisme. J’ai été charmée, envoûtée, par l’ambiance d’abord, les personnages ensuite. Ce qui se dégage de ce roman est infiniment plus que ce que j’ai l’habitude de lire. J’ai rarement lu quelque chose d’aussi beau (alors que je l’ai lu en anglais) et original. Dès les premières pages, j’ai été captivée par Le Cirque des rêves d’Erin Morgenstern, avec ses tentes noires et blanches et ses artistes merveilleux. L’écriture de l’auteur est poétique, onirique, même. Chaque chapitre apporte son lot d’émotions et d’interrogations. J’ai particulièrement aimé le chapitre « Tête-à-tête » (en français dans le texte), tout en non-dits et sous-entendus, qui est vraiment le début de la romance et de ce qu’elle présage. Le couple fait des étincelles, au sens propre comme au figuré. Les scènes qui lui sont consacrées ne sont pas très nombreuses, ce qui fait que chacune d’elles est intense. Chaque personnage (et ils sont nombreux) possède une partie de l’histoire du Cirque. Ensemble, ils forment un tout indissociable et indispensable à la magie qui se dégage des lieux. Comment parler du Cirque des rêves sans évoquer les rêveurs ? Je crois que j’en fais partie, que chacun de nous en fait partie à l’instant où l’on ouvre un roman et qu’on en parcourt les pages. J’ai fini ce livre avec des étoiles dans les yeux. Si je m’aventurais dans les allées du Cirque des rêves, il serait alors facile de lire mon passé et mon avenir. A tous ceux qui ont gardé leur âme d’enfant, ce livre est fait pour vous !

Erin Morgenstern, The Night Circus, Doubleday Books, 2011

By Audrey

The story could have started with a “Once upon a time” but the author chose to tell us that “The circus arrives without a warning”. It is difficult to say how much I loved this book. I was charmed and bewitched by the atmosphere, at first, and then by the characters. This novel gives away a lot, more than I thought it would. And even though I read it in English, I must say I hardly ever read anything that beautiful and original. From the first pages, Erin Morgenstern’s The Night Circus captivated me with its black and white circus tents and all the wonderful artists. The author’s writing is both poetic and dreamlike. Each chapter brings a lot of emotions and questions but one of my favourites was “Tête-à-tête” (in French in the English edition), which marks the beginning of the love story and shows us what it will become. Though the words are not said, they hover around the couple that sparkles just as much as the bonfire does. Of course, being the heart of the magic, every character plays its part in the Circus’ story. In French, the title became Le Cirque des rêves, which literally means ‘The Circus of Dreams’ and it is indeed hard to speak about the Circus without mentioning the dreamers, or Rêveurs, as they are called in the book. As a Rêveuse myself, I can tell you that when you open this book you just can’t wait for the Circus to arrive. When I closed it, I could see the stars in my own eyes. If I should walk the black and white Circus’ paths, maybe even a child might be able to read both my past and future. Reader, if your heart and soul are still the ones you had as a child, this book is just what you need!

Erin Morgenstern, The Night Circus

Erin Morgenstern, The Night Circus

Marc Trévidic, Terroristes, Les 7 piliers de la déraison, JC Lattès, 2013

Par Chloé Chateau

Il faut bien que la télévision influence parfois nos choix et c’est ce qui s’est passé avec ce livre. J’ai très vite commandé ce livre après avoir vu son auteur, un juge d’instruction au pôle antiterroriste du TGI de Paris, dans une émission. A l’entendre, tout était simple à comprendre et j’étais curieuse de voir si tout était toujours aussi simple quand on tenait Terroristes, Les 7 piliers de la déraison entre les mains. Le fait est que c’est le cas. Sans prétention mal placée, Marc Trévidic, spécialiste des filières islamistes, explique clairement, avec les mots « de tout le monde », comment et pourquoi on devient terroriste, mais aussi comment on en arrive à des drames causées par des « Mohamed Merah », comment le terrorisme s’est étendu ces dernières années aux adolescents et aux femmes, bref, toutes les questions que les occidentaux se posent sur le terrorisme islamiste. Mais pas seulement. Avec une simplicité toujours aussi déconcertante, Marc Trévidic, en alternant chapitres d’explications judiciaires et « cas pratiques », parvient à faire comprendre au commun des mortels le fonctionnement de la justice française en terme de prévention et de justice en ce qui concerne les affaires de terroristes. Certes, l’auteur est spécialiste des filières islamistes, mais cela ne l’empêche pas de faire des parallèles judicieux avec d’autres formes de terrorisme (après en avoir donné une définition très claire). Le lien entre les jeunes islamistes de type « Mohamed Merah » et les Corses « encagoulés dans le maquis » ou les idéologies d’extrême-gauche ou d’extrême-droite françaises est frappant. On referme Terroristes avec une connaissance et une compréhension nouvelle, à la fois de la mentalité des terroristes et de leurs apprentis (qui nous échappe souvent complètement) mais aussi du système judiciaire français. Edifiant.

Marc Trévidic, Terroristes, Les 7 piliers de la déraison

Marc Trévidic, Terroristes, Les 7 piliers de la déraison

Alan Bennett, La Reine des lectrices, Denoël, 2009

Par Chloé Chateau

Au premier abord, La Reine des lectrices d’Alan Bennett semble être une bonne trouvaille. D’abord, le sujet principal en est la reine d’Angleterre, Elizabeth II (sujet d’exception s’il en est, du moins à mon avis). Ensuite, l’idée de départ est amusante : « Que se passerait-il outre-Manche si Sa Majesté la reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, d’un coup, rien n’arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu’elle en vienne à négliger ses engagements royaux ? » Enfin, le livre est fin : 122 pages. Comme une promesse de dévorer rapidement un charmant petit roman farfelu. Malheureusement, Alan Bennett ne tient pas toutes ses promesses. Certes, l’histoire se déroule gentiment à l’aide de situations drôlatiques et s’achève sur un coup de canon. Mais on a l’impression tout du long que l’auteur, trop timide, n’a pas osé tirer encore plus son histoire par les cheveux. C’est bien dommage, car tout l’intérêt du livre repose justement sur cette idée folle que la reine d’Angleterre (on parle bien d’Elizabeth II, la dévotion incarnée) pourrait du jour au lendemain bâcler ses devoirs pour un nouveau hobby. Le livre aurait beaucoup gagné en force si Mr Bennett avait poussé un peu plus loin le côté insensé de son histoire.

Alan Bennett, La Reine des lectrices

Alan Bennett, La Reine des lectrices

Et vous, qu’avez-vous lu cette semaine ?