Le Club de lecture : Harper Lee, Ray Bradbury et Isabel Wolff

Isabel Wolff, Un amour vintage et Ray Bradbury, L'Homme Illustré - © Chloé Chateau

Isabel Wolff, Un amour vintage et Ray Bradbury, L’Homme Illustré – © Chloé Chateau

Cette semaine, Jérémy Sanchirico revient dans le Club de lecture pour nous parler d’un chef-d’œuvre à découvrir à tout âge, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, d’Harper Lee. De mon côté j’ai eu envie de vous parler de L’Homme Illustré de Ray Bradbury et d’un roman d’Isabel Wolff, Un amour vintage.

This week, Jérémy Sanchirico comes back to talk about a book to discover at any age, To Kill a Mockingbird, by Harper Lee. I’ll be telling you about The Illustrated Man, by Ray Bradbury and A Vintage Affair, by Isabel Wolff.

Harper Lee, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, 1960 

Par Jérémy Sanchirico

Il est des classiques que chaque enfant a lus. N’importe quelle pièce de Molière, entre autres. Il est aussi des classiques qui ont reçu en France une indifférence injustifiable. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur en est le parfait exemple. To Kill a Mockingbird est lu dans le monde anglo-saxon par une vaste majorité d’enfants. Mais je suis très heureux de l’avoir lu étant adulte car ce livre a beaucoup changé ma vie. 
Dans la ville de Maycomb, Alabama, durant la Grande Dépression des années 30, une jeune fille (un peu garçon manqué), Scout Finch, son frère, Jem, et leur ami, Dill (inspiré par l’ami d’enfance de Harper Lee, Truman Capote), jettent leurs yeux innocents sur l’été du Sud des Etats-Unis. Ils sont tous trois fascinés par un personnage mystérieux, Boo Radley, qu’ils ne verront jamais, et sur lequel toute spéculation est possible. Alors qu’ils essaient en vain de résoudre l’énigme Boo Radley, le père de Scout et Jem, Atticus, est commis d’office à la défense de Tom Robinson, un homme noir accusé d’avoir violé une femme blanche. La nature du crime – dont Tom est évidemment innocent – agit comme un prisme révélateur des tensions raciales dans le Sud des Etats Unis. C’est la peur la plus ancrée dans les veines des Sudistes qui va déclencher une série de crimes raciaux, d’intimidations et d’insultes que les enfants devront confronter, surpris par un état des choses dont ils ne s’étaient jamais vraiment aperçus. L’injustice finale est presque moins évocatrice que le décalage entre l’expérience enfantine des faits, qui ne comprend pas pourquoi ce racisme existe, et la façon résolue qu’ont les adultes de le considérer comme normal, allant de soi et désirable. 
Ce livre est aussi bien plus qu’un examen du racisme. C’est un portrait exhaustif et un commentaire racial, social et féministe du Sud des Etats-Unis. Ce sera finalement l’unique œuvre de Harper Lee.

Harper Lee, To Kill a Mockingbird, 1960

By Jérémy Sanchirico

There are classics that every child is expected to read, e.g. every single play by Molière for French young’uns. There are also classics that have been unjustifiably overlooked by French boards of education. To Kill a Mockingbird is a perfect example of that injustice. This masterpiece is read throughout the English-speaking world by a large proportion of the children kind. I, on the other hand, am happy to have read it as an adult. It has literally changed my life. In a small town of Maycomb, Alabama, during the Great Depression, a somewhat tomboyish young girl, Scout Finch, her brother, Jem, and their friend Dill (who was inspired by Harper Lee’s childhood friend Truman Capote), are observing the long Southern summer unfold before their innocent eyes. The three children are absolutely fascinated by the riveting character that is Boo Radley. This mysterious man, whom they will never see, will be the subject of much discussions and speculations. Meanwhile, Atticus – Scout’s and Jem’s father – is appointed by court-order to defend Tom Robinson, a Black man accused of having raped a white girl. The nature of this crime – of which Tom is evidently innocent – will act as a revealing agent of racial tensions that take place in the Deep South. The raping of a white woman is seen by these Southerners as the most awful of crimes and will trigger a series of racial offenses, of threats, of insults that the three children will have to face. These children will act as an opposing force, that of bewilderment: they’re really surprised by a status quo that they had never really noticed before. The final injustice of the story is however less suggestive than the gap between the childlike experience of racism around them – which surprise them – and the status quo supported by the adult world. Finally, this book is much more than a simple examination of racism at a certain moment in time in a certain place. It is a comprehensive depiction of social, feminist and racial matters in the Deep South. As if all was said in To Kill a Mockingbird, it has remained the only book written by Harper Lee.

Harper Lee, To Kill a Mockingbird

Harper Lee, To Kill a Mockingbird

Ray Bradbury, L’Homme Illustré, 1951 (The Illustrated Man)

Par Chloé Chateau

Ray Bradbury, génie de la littérature de science-fiction, ne s’est pas lancé directement avec Fahrenheit 451. En 1951, il publie un recueil de dix-huit nouvelles écrites entre 1947 et 1951, L’Homme Illustré. On y retrouve les thèmes chers à la société américaine d’après-guerre, notamment la technologie et la conquête de l’espace (« Kaléidoscope », « L’Homme », « La Pluie », « L’Homme de l’espace », « La Fusée »), mais également le racisme (« Comme on se retrouve »), la censure (« Les Bannis ») et la guerre (« La Bétonneuse », « La Ville », « L’Heure H »). Dans l’introduction, le lecteur fait la connaissance de l’Homme Illustré, un employé de cirque dont le corps a été entièrement tatoué, ou plutôt « illustré » par une vieille femme qui n’a laissé qu’un espace de libre. Indépendantes les unes des autres, chaque illustration s’anime à la nuit tombée pour raconter une histoire de façon plus vivante que ne le ferait un conteur. Quant à l’espace vide, il se remplit pour montrer l’avenir de celui qui le regarde. « Les Bannis » constitue « l’ébauche de foyers (…) que j’allumerai avec des livres, trois ans plus tard, dans Fahrenheit 451 », raconte Ray Bradbury dans sa préface. En réalité, ce recueil de nouvelles est l’ébauche de toute histoire de science-fiction moderne, entre une société dirigée par les machines (« La Brousse », « Automates, société anonyme », une autre obsédée par les progrès de la technologie, une autre encore qui ne pense qu’à se battre ou à se venger… Chaque nouvelle est un monde décrit (et parfois détruit) en quelques pages durant lesquelles l’auteur fait monter l’angoisse et la paranoïa à leur paroxysme, dix-huit fois.

Ray Bradbury, The Illustrated Man

Ray Bradbury, The Illustrated Man

Isabel Wolff, Un amour vintage, JC Lattès, 2009 (A Vintage Affair)

Par Chloé Chateau

Je pensais en avoir fini avec la chick-lit, les Bridget Jones, Accros au shopping et autres célibataires et célibatantes trouvant le grand amour après y avoir renoncé. Un genre éculé, selon moi, et qui ne présente plus grand intérêt. Pourquoi me lancer dans la lecture d’Un amour vintage d’Isabel Wolff alors, me demanderez-vous ? Tout simplement parce qu’il m’a été offert (par le site sur lequel j’avais commandé plusieurs autres livres) et qu’il apparaissait comme un possible agréable break après plusieurs livres « sérieux ». Et puis l’histoire paraissait assez sympathique : Phoebe, qui vient de rompre ses fiançailles, s’installe à son compte en ouvrant une boutique de vêtements et accessoires vintage après avoir passé 12 ans à travailler dans une célèbre salle des ventes. Seulement, l’histoire met environ un siècle à démarrer et le lecteur (ou la lectrice, en l’occurrence), passe environ 450 pages (sur guère plus) à attendre que l’inévitable et attendu se produise, à savoir que Phoebe se rende compte qu’elle a choisi le mauvais homme alors qu’elle en avait un bien mieux sous le coude depuis des mois. Bref, on s’ennuie et on lâcherait le roman si ce n’était pour l’histoire « émouvante » de Thérèse, que Phoebe rencontre par hasard et qui devient sa confidente, avant que les rôles ne s’échangent. « Un livre sur la nostalgie, l’amitié, les remords, les amours finissantes et débutantes… », annonce Flair.fr, qui a oublié « … et chiant ». Dès l’entrée en scène de Thérèse (elle est vieille et française) on comprend pourquoi l’histoire prend place sur fond de vintage, histoire, sans doute, de ne pas trop mélanger le monde du vieillot et poussiéreux (fringues vintage, journaliste sans aucun goût vestimentaire et vieille Française ayant survécu à la Seconde Guerre Mondiale) avec le monde moderne (insupportablement représenté par la « belle-fille » ado et capricieuse). Si Un amour vintage se lit vite (trois soirées pour moi) et sans peine, on le referme avec un léger soupir de soulagement avant de retourner à autre chose.

Isabel Wolff, Un amour vintage

Isabel Wolff, Un amour vintage

Et vous, qu’avez-vous lu cette semaine ?