Le Club de lecture : Stephen Fry, Amélie Nothomb et Michel Houellebecq

Tuer le père d'Amélie Nothomb et The Liar de Stephen Fry - © Chloé Chateau

Tuer le père d’Amélie Nothomb et The Liar de Stephen Fry – © Chloé Chateau

Cette semaine, le Club de lecture accueille un nouvel invité, David, qui a choisi de parler, non pas d’un livre en particulier, mais d’un auteur qui semble figurer tout en haut de sa liste, Michel Houellebecq. De mon côté je retombe dans les bras d’Amélie Nothomb à cause de Tuer le père et vous parle de Stephen Fry, avec The Liar.

This week, let’s give a warm welcome to David, who will tell us about Michel Houellebecq, who clearly seems to be one of his favourite authors, to say the least. I, on the other side, will talk to yo about the legendary Stephen Fry‘s The Liar and I will then fall back in Amélie Nothomb‘s arms because of Tuer le père. Enjoy!

Stephen Fry, The Liar, 1991

Par Chloé Chateau

Stephen Fry est un de mes Britanniques préférés (je l’apprécie presqu’autant qu’Elizabeth II, et ce n’est pas peu dire). De sa participation dans divers films (j’avoue, la première fois que je l’ai vu, c’était dans St Trinian’s, devenu depuis l’un de mes films préférés, ne me demandez pas pourquoi), j’ai commencé à regarder tout ce que je pouvais trouver avec lui, particulièrement A Bit of Fry and Laurie et Jeeves and Wooster. J’appréciais de trouver des articles faisant mention de son amitié avec Hugh Laurie et Emma Thompson, deux autres acteurs britanniques formidables. Et j’ai finalement acheté certains de ses livres, le premier d’entre eux, The Liar (le menteur, ndlr), qui se trouve être son premier roman. Je ne mentirai pas en disant qu’il fut facile à lire. Dans un roman de Stephen Fry on trouve tout ce qui peut faire peur à un lecteur dont l’anglais n’est pas la langue maternelle. L’auteur s’amuse avec sa langue (des noms communs transformés en verbes, des américanismes, des fautes grammaticales volontaires) et fait nombre de références culturelles. Mais étrangement ce n’est pas là que réside la principale difficulté, dans la mesure où l’histoire elle-même est un vrai sac de nœuds. Si vous êtes anglophones de naissance, lancez-vous sans hésiter. Si ce n’est pas le cas, vous risquez de trouver extrêmement difficile de suivre The Liar. Ce fut le cas pour moi, en tous cas. J’ai même reposé le livre plusieurs fois avant de le reprendre quelques jours (ou autres livres) plus tard parce que, si dur qu’il soit, il m’attirait étrangement. Ne serait-ce que parce qu’Adrian Healey (le menteur du titre) est sans aucun doute le personnage le plus intrigant que j’ai rencontré depuis un certain temps. Le lecteur suit Adrian d’abord alors qu’il n’est qu’écolier, puis lorsqu’il est étudiant et enfin alors qu’il devient espion. Mais ce qui rend l’histoire si déroutante, c’est qu’elle commence sur des jeux d’espions à Salzbourg avant même qu’on ne sache qui est Adrian (et, bien entendu, sans qu’on sache de quoi il s’agit). Sans en dévoiler trop, disons simplement qu’Adrian semble être le pire ado qu’un parent puisse souhaiter. Menteur comme un arracheur de dents, fugueur (ce qui s’avère finalement être un mensonge parmi tant d’autre au cours du roman), mais aussi un peu trop gay pour l’époque à laquelle semble se dérouler l’histoire. Il en résulte des pages entières absolument « outrageantes » et hilarantes pleines de tout ce dont un jeune garçon peut faire l’expérience, le tout recouvert d’une savoureuse couche de l’irrésistible esprit de Stephen Fry. Et de savoir qu’une partie de cette histoire est autobiographique ne la rend que plus savoureuse et irrésistible. Bien que l’auteur commence en avertissant ses lecteurs (« Pas un des mots qui suivent n’est vrai »), on ne peut que tomber dans ses pièges. Les critiques comme le public se sont montrés élogieux envers The Liar. Il est facile de comprendre pourquoi. Que ce soit en tant qu’acteur, comédien, écrivain, journaliste, animateur radio, réalisateur ou twittos, Stephen Fry semble incapable de rater quoi que ce soit.

Stephen Fry, The Liar, 1991

By Chloé Chateau

Stephen Fry is one of my favourite English people ever (I enjoy him almost as much as Queen Elizabeth II, which is a lot to say). Starting from his appearances in different movies (I will not lie, the first time I saw him play was in St Trinian’s, which is like one of my favourite movies, don’t ask me why), I started to watch anything he could have appeared in, especially A Bit of Fry and Laurie or Jeeves and Wooster. I enjoyed reading anything about his friendship with Hugh Laurie and Emma Thompson. And I eventually bought some of his books, the first being The Liar, which happens to be his first novel. I will not say it was an easy reading for me. In a novel from Stephen Fry lies everything one could expect to be difficult when one’s not a native English speaker. Languages tricks (especially in The Liar, in which Fry experiments with “verbing nouns”, as he calls them, Americanisms and grammatical errors), cultural references… But this is the easiest part about this novel, which is more than confusing when it comes to the story. If you’re a native speaker, then definitely go for it. If you’re not, you might find it terribly difficult to follow The Liar. I did. I even put the book down a few times, before picking it up a few days (or books) later, because I couldn’t help it, for it being so attracting. Because Adrian Healey’s life (the liar from the novel’s title) is definitely the most intriguing character I’ve read about for quite some time. The reader will follow Adrian as a schoolboy, then as a student and eventually as a spy. But what makes it so confusing in the beginning is that Stephen Fry starts telling us about this spy game in Salzburg, before we even know about Adrian. Without revealing too much about the story, let’s just say that Adrian seems to be the worst kid one could hope for. A liar, an absconder (which is then revealed to be a lie amongst so many others at some point in the book) and also quite too gay for the times the book seems set in. Which results in some “outrageous” and hilarious pages of shameless everything a teenager can experiment, topped by Fry’s irresistible wit. And knowing that part of the story is autobiographical only makes it even more savoury and irresistible. Even though the author warns us before starting (“Not one word of the following is true”), one can only inevitably fall in his traps. Both the critics and the audience have praised The Liar. And it is so easy to understand why. As an actor, comedian, author, journalist, broadcaster, film director and tweeter, Stephen Fry seems rather unable to fail anything.

Stephen Fry, The Liar

Stephen Fry, The Liar

Amélie Nothomb, Tuer le père, 2011

Par Chloé Chateau

Dans Tuer le père j’ai définitivement retrouvé ce que j’avais perdu depuis quelques uns des romans d’Amélie Nothomb (et déjà retrouvé en partie grâce à Une forme de vie). Un bon roman bien prenant, mêlant la noirceur du genre humain aux mondes du cirque et du jeu, une relation père-fils à la fois fictive et bien réelle, l’amour et la trahison… En 120 pages, Amélie Nothomb nous amène à admirer, comprendre, mépriser et détester à la fois Joe et Norman, deux des trois personnages (le troisième étant évidemment une femme, Christina), entre qui s’installe peu à peu une relation paternelle mais aussi une  rivalité qui en vient à faire commettre l’impensable à Joe, le jeune. Cela n’empêchera pas Norman de le suivre tel un vrai père ferait avec son fils pour le ramener au bercail et continuer à l’aimer. On referme le livre sans savoir vraiment quoi penser de Joe, mais surtout de Norman. Et on se remet à attendre impatiemment la suite.

Amélie Nothomb, Tuer le père

Amélie Nothomb, Tuer le père

Michel Houellebecq, le plus grand écrivain français du siècle

Par David Prival

Lorsque Chloé m’a proposé d’intervenir dans le cadre du club de lecture des Fourberies d’Escarpin (joli titre !), j’ai hésité à écrire quelque chose sur le plus grand auteur français du siècle. Disons le tout de suite, avant  d’entendre quelques dents grincer (de moins en moins il est vrai), quelques esprits s’échauffer (de plus en plus tièdement admettons le), Michel Houellebecq est un individu malsain, le sale type de la porte d’à côté que l’on préfère éviter à l’ascenseur, le cousin glauque qui vous fout en l’air un indolent dimanche.

Houellebecq, il y a 20 ans ou presque, m’a pourtant littéralement arraché de mon fauteuil (je bondissais dans le salon, jetant plusieurs fois le livre par la fenêtre avant d’y revenir, penaud, abasourdi par tant de sauvagerie). L’Extension du domaine de la lutte puis Les Particules élémentaires m’ont tout bonnement terrifiés. Le désespoir total des personnages, cette solitude absolue au sein un monde pas encore totalement connecté, m’ont fait attendre fébrilement le prochain roman. Je voulais savoir à quelle sauce nous serions mangés.

J’ai profondément détesté ce type. Michel Houellebecq préfigurait pour moi ce qu’on appellerait plus tard la droite décomplexée. Marchandisation à outrance, tourisme sexuel, guerre de civilisation, Plateforme, en 2001, ne m’a pas déçu. Loin de la polémique idiote née à son propos, Plateforme a, au contraire, achevé de me convaincre de l’importance capitale de Houellebecq pour un début de siècle qui ne s’annonçait pas particulièrement drôle. Si les écrivains ont un quelconque rôle à jouer dans la société, alors Houellebecq devait être lu assidûment. Il était pour moi un auteur absolument politique, résolument révolutionnaire et malheureusement pas dans le sens que j’attendais. Ma bonne conscience en a pris un sacré coup dans la gueule, elle ne s’en remettrait jamais totalement.

J’ai ainsi voulu tout lire de ce triste oracle, guettant la moindre de ses sorties (même l’exécrable correspondance avec BHL, Ennemis publics, même la préface du relativement inutile Roman français de Beigbeder, ou encore son essai sur Lovecraft, Lovecraft, contre le monde, contre la vie).

Avec Rester vivant et avec La Poursuite du bonheur, j’ai compris qu’au-delà du caractère politique du bonhomme, nous avions à faire à un immense poète. Michel Houellebecq avait donc aussi du style. La Possibilité d’une île m’a bouleversé. L’étrangeté du récit, la poésie éponyme, cette dernière page comme un souffle relue cent fois. La Carte et le territoire, l’art, la vie, la mort et cette dernière page répondant à celle de la possibilité… Houellebecq est le plus grand écrivain français du siècle, n’en parlons plus.

Et vous, qu’avez-vous lu cette semaine ?