Le Club de lecture : Stephen Chbosky, Shaffer & Barrows et Jean Giono

Stepen Chbosky, The Perks of Being a Wallflower et Mary Ann Schaffer & Annie Barrows, Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - © Chloé Chateau

Stepen Chbosky, The Perks of Being a Wallflower et Mary Ann Schaffer & Annie Barrows, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates – © Chloé Chateau

Cette semaine, Jérémy Sanchirico revient pour nous parler cette fois de Jean Giono, au travers de Mort d’un personnage. De mon côté, je vous parle d’un livre que j’ai lu il y quelque temps déjà, un best-seller traduit dans une vingtaine de langues et internationalement connu, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Schaffer et Annie Barrows. Mais aussi d’un livre qui a refait le buzz plus récemment, The Perks of Being a Wallflower Pas raccord en français – (adapté au cinéma avec Emma Watson et dont le nom français est Le Monde de Charlie), de Stephen Chbosky. Bonne lecture !

This week, Jérémy Sanchirico is back to tell us about Jean Giono’s Mort d’un personnage. I’ll be telling you a few words about Mary Ann Schaffer & Annie Barrows’ translated in 20 languages international best-seller, The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society, then a few more about Stephen Chbosky’s The Perks of Being a Wallflower. Enjoy!

Stephen Chobsky, Pas raccord, 1999

Par Chloé Chateau

C’est en anglais que j’ai lu ce roman à l’origine destiné à un jeune lectorat (à partir de 14 ans). Peut-être que c’est en partie pour cela que Pas raccord (The Perks of Being a Wallflower en anglais) ne m’a pas semblé être un livre d’enfant. Même s’il raconte, au travers des lettres envoyées par Charlie à une inconnue, la vie d’un adolescent complètement perdu qui apprend à se construire au fil des pages, n’importe quel adulte sera sensible à l’intensité de ce roman épistolaire. Dans les années 1990, Charlie, un lycéen, ne va pas bien. Son meilleur ami Michael s’est suicidé quelques mois avant la fin de l’école et le passage au lycée. De plus, la seule personne dont Charlie s’est jamais senti proche, sa tante Hélène, est également morte, d’un accident de voiture alors que Charlie n’avait que 7 ans et on découvre petit à petit que le garçon se sent coupable de ce décès. Alors que le grand frère de Charlie est un sportif connu et n’habite plus le domicile familial, l’adolescent vit avec ses parents et sa grande sœur. Mais ce sont deux autres lycéens, des « dernière année », Sam et son demi-frère Patrick, qui vont le prendre sous leur aile et l’aider à grandir, ainsi que le professeur de littérature de Charlie, qui semble être le seul à penser que son élève est un génie. Après la mort de Michael, Charlie a vu un psychiatre qui l’a trouvé trop renfermé et lui a demander de mieux s’intégrer, de « participer » à sa vie. C’est ce que le garçon va faire avec ses deux nouveaux amis, qui vont l’initier à la musique, l’alcool, la drogue, mais aussi à l’amour et à l’amitié. Avec une douceur et une élégances infinies, Stephen Chbosky, fervent militant pour l’égalité des droits pour les homosexuels, aborde les délicats sujet de la sexualité adolescente, hétéro et homosexuelle, du viol, de la difficulté qu’on peut avoir à trouver sa place dans le monde. L’auteur fait également grandir Charlie au long de sa relation épistolaire à sens unique avec une inconnue dont on ne sait quasiment rien. Avec un sens intense du drame on comprend petit à petit ses secrets cachés. On sent jusque dans l’écriture des lettres envoyées par Charlie qu’il mûrit pas à pas. Et finalement, comme Charlie, en refermant ce livre, on se sent infini.

Stephen Chbosky, The Perks of Being a Wallflower, 1999

By Chloé Chateau

I read this novel in English, which might be a reason why this book, originally meant for young people (14 and more) did not seem so childish. Even though The Perks of Being a Wallflower tells (through letters sent by Charlie to an anonymous girl) the story of a completely lost teenager who learns how to build himself from page to page, any adult should be touched by this intense epistolary novel. During the 90’s, Charlie, a freshman in his high school, is not well. His best friend Michael committed suicide just a few months before the end of school and the beginning of high school. Also, the only person Charlie ever felt close to, his aunt Helen, died when he was only 7 in a car crash, which the boy seems to feel somehow guilty of. If his older brother, a well known sportsman, does not live at home anymore, Charlie lives with his parents and his older sister. But it is with two other students, two seniors, Sam and her half brother Patrick, who decide to take care of him, that Charlie will start to grow up and change – all for the better. Charlie’s English teacher, Bill, also helps, by giving him books to read and to write essays about. Bill seems to be the only one to see or think that Charlie is a bit more than special, a very clever boy. After Michael’s death, Charlie was taken to a psychiatrist, who told him to “participate” more in his own life. Along with Sam and Patrick, Charlie will start doing so. Being with his senior friends he will be initiated with music, alcohol, drugs, but also with love and friendship. It is with infinite gentleness and elegance that Stephen Chbosky, ardent militant for the gay rights in equality, addresses the delicate subjects of both hetero and homosexual sexuality, rape, domestic violence and how hard it can be to find your own place in this world. Charlie grows up page by page with dramatic intensity as the reader eventually understands his secrets, feeling his growing up even in the way his writing evolves. And at the end, at the moment of closing this book, I swear that, you too, will feel infinite.

Stephen Chbosky, Pas raccord

Stephen Chbosky, Pas raccord

Mary Ann Schaffer & Annie Barrows, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, 2008

Par Chloé Chateau

J’ai relu Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates récemment, après l’avoir reçu en cadeau il y a quelque temps, l’avoir dévoré dans la foulée et prêté à qui le voulait (avant de commencer carrément à l’offrir moi-même à tout le monde). Cet autre roman épistolaire (ce n’est pas fait exprès !) est un petit chef-d’œuvre. En Janvier 1946, dans le Londres d’après-guerre, Juliet Ashton, écrivain, reçoit une lettre d’un inconnu qui va changer sa vie. Dawsey Adams a acheté sur l’île de Guernesey un livre ayant auparavant appartenu à Juliet et il lui demande si elle pourrait lui conseiller une bonne librairie pour s’en procurer d’autres. Dawsey précise que c’est le premier livre qu’il ait lu dans le cadre d’un étrange cercle littéraire, ce qui va attiser la curiosité de Juliet. Quel est le rapport entre un club de lecture et une tourte aux épluchures de pommes de terre ? La correspondance va s’installer durablement entre Dawsey et Juliet. Cette dernière, qui cherche justement un sujet intéressant pour son prochain livre, prend de plus en plus d’intérêt à en apprendre toujours plus sur Guernesey, qui a vécu la Seconde Guerre Mondiale d’une façon encore différente de l’Angleterre ou de la France. Elle va gagner la confiance des membres du club qui vont tous lui écrire à leur tour pour lui raconter leurs expériences de lecture. Inévitablement, Juliet sentira grandir le désir d’aller voir l’île de ses propres yeux et elle ne sera pas plus déçue que le lecteur. Dans ce roman plein de gaieté malgré le sujet abordé, qui est grave, Mary Ann Schaffer et Annie Barrows donnent une autre vision du comportement de certains durant la guerre. Elle posent un œil compréhensif et indulgent sur les « femmes à Boches », comme on les a appelées de ce côté de la Manche, qui passaient des soirées avec les soldats allemands en échange de nourriture pour leur famille, sur les soi-disant « collaborateurs », qui osaient échanger quelques mots sans animosité ou une cigarette avec l’occupant et autres personnages mal vus d’après la guerre. Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates est aussi l’occasion de découvrir un personnage extraordinaire qui hante tout le livre, celui de la courageuse Elizabeth, qui amène avec elle le thème des camps de concentration. On ressort grandi et bien plus tolérant de cette lecture.

Mary Ann Schaffer & Annie Barrows, The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society, 2008

By Chloé Chateau

I recently read again The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society. I originally had it as a gift, read it in only a few hours and started to lend it to anyone who wanted it (before even starting to buy it as a gift to a few people). This other epistolary novel is a masterpiece. January 1946: in the after war London, Juliet Ashton, a writer, receives a letter from a perfect stranger and it will change her life. Dawsey Adams bought, on the Guernsey Island, a book that once belonged to Juliet and writes to ask her if she could advise a nice bookshop for him to get more books from the same author. Dawsey also informs her that this is the first book he read as a member of a strange Literary Society, which will obviously arouse Juliet’s Curiosity. What is the link between the Literary Society and Potato Peel Pies? Starts a long-term correspondence between Dawsey and Juliet, who is actually looking for an idea of new book. Her interest concerning Guernsey (which lived the Second World War in a different way than England or France) will grow more and more until she wins the confidence of every member of the Society, who all write to her about their reading experiences. Inevitably, the writer will want to see the Island and its inhabitants with her own eyes and she will not be disappointed, nor will the reader. In this novel, full of gaiety despite the serious subject, Mary Ann Schaffer and Annie Barrows give another vision of some people’s behaviours during the war. They give a comprehensive and clement eye to the women or men who dared spend some time with the enemy, either trying to get some food or just being friendly. The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society is also the occasion to discover an amazing character in Elizabeth, such a courageous woman (who brings with her the subject of the concentration camps) whose absence haunts the whole story. One gets off this book more mature and tolerant to the world.

Mary Ann Sheffer & Annie Barrows, The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society

Mary Ann Sheffer & Annie Barrows, The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society

Jean Giono, Mort d’un personnage, 1948

Par Jérémy Sanchirico

Beaucoup de lecteurs prennent Giono pour un écrivain pittoresque, pour un genre de lieu touristique à visiter comme on visiterait la Bonne Mère à Marseille. C’est une grande erreur, pire, un préjugé. Lui renier sa force poétique d’évocation est presque un crime littéraire. Giono est mon auteur préféré, je l’avoue, je ne suis pas objectif. Mais, cher lecteur, accordez-lui les quelques heures que prennent la lecture de Mort D’un Personnage.

Écrit à la première personne, il raconte le long déclin de Pauline de Théus, la grande dame courageuse, pleine d’honneur noble et d’orgueil sincère du Hussard sur le Toit, vu par son petit-fils, Angelo Pardi. La grande Pauline, au corps vaporeux et vacant, mais à la beauté toujours vive, passe ses journées à parcourir les rues de Marseille à la recherche insensée de celui qu’elle a aimé un jour, et qu’elle sait mort. Déjà de « l’autre côté », ce manque presque physique crée en elle un grand vide que ni l’amour terrestre de son petit-fils, ni les préoccupations mondaines ne pourront combler. À chaque pas, la terre vient à lui « manquer sous les pieds » comme si elle n’avait déjà plus pied sur la terre. Mais, toujours belle, toujours grande d’âme, toujours noble, toujours fière, elle n’est qu’un mystère aux yeux d’un petit-fils plein d’amour pour elle ; et elle n’a pas changé aux yeux du monde auquel elle évoque un respect sans bornes.

Quelques années plus tard, on retrouve une Pauline, sourde, aveugle au seuil de la mort, qui ne soucie plus que de sa gourmandise enfantine. L’amour d’Angelo pour sa grand-mère devient peu à peu un amour généreux et désintéressé. Il doit apprendre à «l’aimer pour elle », à se passer de la pudeur pour s’occuper d’elle comme un parent d’un enfant. Alors que son corps s’amenuise peu à peu, que ses besoins changent et qu’elle devient presque un nourrisson, elle ne perd rien de sa force de volonté.

Ce roman magnifique, qui raconte le long procédé de la vieillesse qui touche au corps mais préserve l’amour, ne manquera pas d’évoquer à chacun, qui un grand-père, qui un vieil oncle, qui un ami mourant qui gardera jusqu’au bout, malgré la déchéance physique, malgré la dépendance infantile, une certaine dignité de cœur qui force à l’amour, à la tendresse et au respect. Bien plus qu’un simple roman d’événement, c’est une ode d’amour, dénuée de tout procédé fictif et littéraire, c’est un regard plein de douceur et de respect envers la vieillesse, c’est, enfin, une histoire vraie dans le sens le plus absolu, en ce qu’elle est universelle.

Jean Giono, Mort d'un personnage

Jean Giono, Mort d’un personnage

Et vous, qu’avez-vous lu cette semaine ?