Le Club de lecture : Jonas Jonasson, Arnaldur Indridason et Frank de Bondt

Jonas Jonasson, The Hundred-Year-Old Man Who Climbed Out of the Window and Disappeared et Arnaldur Indridason, Bettý – © Chloé Chateau

Jonas Jonasson, The Hundred-Year-Old Man Who Climbed Out of the Window and Disappeared et Arnaldur Indridason, Bettý – © Chloé Chateau

Cette semaine, le Club de lecture souhaite la bienvenue à Édouard Guérin, qui vient nous parler de Casino, de Frank de Bondt. De mon côté je vous parlerai du best-seller (dans toutes les langues) Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson, et de Bettý, de l’excellent Arnaldur Indridason. Bonne lecture !

This week, let’s welcome Édouard Guérin who will tell us about Casino, from Frank de Bondt. I, on the other side, will tell you about the best seller The Hundred-Year-Old Man Who Climbed Out of the Window And Disappeared, from Jonas Jonasson, and Bettý, from the excellent Arnaldur Indridason. Enjoy!

Jonas Jonasson, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, (Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann, 2009)

Par Chloé Chateau

Depuis Millenium, tout le monde sait que de Scandinavie ne peuvent venir que de bons romans. Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, du Suédois Jonas Jonasson, tout autant que Bettý, de l’Islandais Arnaldur Indridason, ne font pas exception. Ce n’est pas sans raison que le centenaire de Jonas Jonasson a passionné le monde entier (3 millions d’exemplaires vendus en juillet 2012). Ce livre – que j’ai d’ailleurs acheté en Angleterre et donc lu en anglais alors que ça n’aurait fait aucune différence de le lire en français, puisqu’il a été écrit en suédois – est rempli à ras-bord d’humour, de non-sens et d’histoire déviée. Le matin de son centième anniversaire, Allan Karlsson décide qu’il ne veut pas le fêter dans sa maison de retraite. Il se fiche bien que le maire et la presse viennent exprès pour lui, lui ne sera pas là. Et donc, Allan s’échappe par la fenêtre de sa chambre, en chaussons, dans les platebandes et commence un voyage plutôt pittoresque qui impliquera des criminels, quelques meurtres, une valise pleine de billets et des policiers incompétents. Mais, assez étrangement, cette escapade est loin, bien loin d’être la chose la plus folle qu’ait jamais vécu Allan. En parallèle de cette aventure, le lecteur apprend tout des cent premières années d’Allan Karlsson. Et ces cent premières années ne sont pas exactement ce à quoi on s’attend de la part d’un centenaire vivant dans une maison de retraite. En plus de nous marteler qu’on n’est jamais trop vieux pour vivre une aventure, Jonas Jonasson nous rappelle que l’habit ne fait pas le moine. L’histoire du Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (dont le titre anglais, The Hundred-Year-Old Man Who Climbed Out of the Window And Disappeared (litéralement, Le Centenaire qui enjamba sa fenêtre et disparut) est bien plus fidèle au titre d’origine, est aussi dingue que l’est son titre. Et l’un des effets secondaires de cette lecture pourrait bien être de vous faire courir chez vos grands-parents (si vous avez encore la chance de les avoir auprès de vous) pour leur demander de vous raconter leur vie par le moindre détail. Peut-être bien que ce ne sera pas aussi fou que la vie d’Allan mais, eh ! qui sait, et pourquoi pas ?

Jonas Jonasson, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Jonas Jonasson, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Jonas Jonasson, The Hundred-Year-Old Man Who Climbed Out of the Window And Disappeared, 2012 (Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann, 2009)

By Chloé Chateau

Since Millenium, everyone in the world now know that only good novels come from Scandinavia.  The Hundred-Year-Old Man Who Climbed Out of the Window And Disappeared, from the Swedish Jonas Jonasson, as well as Bettý, from the Icelandic Arnaldur Indridason, are no exceptions. It is not for no reason that Jonas Jonasson’s Hundred-Year-Old Man captivated the whole world 3 million copies sold worldwide in July 2012…). This book – that I actually bought in England and read in English when it would have been no difference to read it in French, since it was written in Swedish – is full of fun, nonsense and distorted history. On the morning of his very hundredth birthday, Allan Karlsson has decided he doesn’t want to celebrate it in his old people’s home. He doesn’t really care that the Mayor and the press will be there, he will not. So Allan escapes through his bedroom window, in his slippers, into the flowerbed and begins a pittoresque and unlikely adventure involving criminals, a few murders, a suitcase full of cash and incompetent police. But weirdly enough, this crazy journey is not the craziest part of his life. Along to the escape story, the reader is indeed told about the first hundred years of Allan Karlsson and learns that this earlier life is like nothing that would be expected from a hundred-year-old man living in an old people’s home. Apart from telling us that one is never too old for an adventure, Jonas Jonasson also reminds us to never, ever judge a book by its cover (even though The Hundred-Year-Old Man Who Climbed Out of the Window And Disappeared is as crazy as its title). This story might have you run to your grand-parents – that is, if you are lucky enough to still have them around – to ask them to tell you all about their life. It might not be as spicy as Allan’s, but eh! It seems we never know!

Jonas Jonasson, Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann

Jonas Jonasson, Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann

Arnaldur Indridason, Bettý, 2012 (2003 en Islande)

Par Chloé Chateau

Difficile de parler de Bettý sans gâcher la grosse surprise du livre. Essayons. « Quand j’ai rencontré Bettý, j’ai su que ma vie allait basculer. Elle était magnétique et fatale. J’aurais tout donné pour elle. J’ai même accepté de travailler pour son mari. Mais maintenant c’est moi qui suis derrière les barreaux. Aux yeux de tous, je suis coupable de meurtre. Parce que, si l’amour se joue à trois, il y en a toujours un de trop. » La Bettý d’Arnaldur Indridason est le piège fatal qui va entraîner la perte de tous ceux qui l’entourent pour accéder à la position qu’elle recherche. Magnifique séductrice, envoûtante et diabolique manipulatrice, Bettý a des desseins aussi noirs que ses robes de soirée. L’auteur nous entraîne avec brio dans une descente aux enfers inéluctable, nous réservant même, à un moment où l’on ne s’y attend vraiment pas, une incroyable surprise. Il est à peu près impossible d’en dire plus sans ruiner le suspense mais c’est déjà assez. Ajoutons toutefois à propos de l’auteur qu’il est déjà l’auteur de plusieurs best-sellers internationaux, notamment La Cité des Jarres (traduit dans plus de vingt langues depuis 2000), La Femme en vert, La Voix, Hypothermie, La Muraille de lave, La Rivière noire, Hiver arctique… Ce diplômé d’histoire devenu journaliste et critique de cinéma s’est distingué en publiant les enquêtes du commissaire Erlendur (publiées dans plus de 30 pays), qu’il a délaissées le temps d’écrire le chef d’œuvre de narration qu’est Bettý. Un livre tellement prenant que je l’ai lu en deux soirs (trois heures en tout), tellement il m’était dur de le lâcher. Un must-read pour les amateurs de romans noirs. 

Arnaldur Indridason, Bettý

Arnaldur Indridason, Bettý

Frank de Bondt, Casino, 2013

Par Édouard Guérin

Archimède est un anticonformiste préférant la liberté à un contrat de travail. Philosophe de nature et de formation, il justifie son inactivité par la formule suivante : « Si le travail était si attirant, les vacances n’auraient pas un tel succès ». Plein de bon sens mais aussi de mauvaise foi, ce chômeur volontaire est autant attachant qu’agaçant. D’ordinaire réticent à toute offre d’emploi, c’est pour un poste singulier qu’il s’engage soudainement et étrangement aux services d’une retraitée. RMIste et accompagnateur de femme mûre, voilà désormais son extraordinaire nouveau statut social. Viviane, l’heureuse patronne factice, emploie cet étrange amateur d’oisiveté à passer quelques heures par semaine avec elle, le temps d’une promenade. Partagé entre pragmatisme, stoïcisme et fatalisme, Archimède devra pourtant livrer son destin aux mains du hasard. Et si la balade en question s’avérait finalement être un jeu ? Lire Frank de Bondt est agréable, drôle, parfois cynique, voire noir. D’une écriture épurée, sans complication ni excès de style, Casino est un bon roman. La lecture en est rapide et peut être même trop. C’est d’ailleurs, sans doute, le seul défaut du livre, celui d’être un peu court. Malgré cette légère déception, l’auteur décrit pertinemment les malaises de notre société. De la frénésie des machines à sous à la solitude choisie ou subie, quelques malheurs de la vie y sont également dépeints avec justesse. Jonglant entre l’amertume intermittente d’une vie banale mais compliquée et les situations comiques d’un rêveur lucide (sic), l’auteur manie avec brio les changements d’états qu’un être peut connaître au cours de son existence. Les différents personnages sont originaux mais ordinaires et c’est précisément cela qui fait mouche : cette absence de caricature. D’un réalisme froid mais pince-sans-rire, la vie d’Archimède – par nature complexe – est narrée en toute simplicité, comme s’il était naturel d’appréhender l’esprit d’un homme épris d’interrogations permanentes. Bien que facile, simple et peu fantaisiste, le titre de ce roman est un très bon résumé : la vie n’est que coups de pokers. En tout cas, c’est vraisemblablement plus pratique que de décider par soi-même. A lire, à méditer.

Frank de Bondt, Casino

Frank de Bondt, Casino