Le Club de lecture : F. Scott Fitzgerald, Stephen Clarke et Christophe Bigot

Stephen Clarke, God save la France et F. Scott Fitzgerald, The Great Gatsby – © Chloé Chateau

Stephen Clarke, God save la France et F. Scott Fitzgerald, The Great Gatsby – © Chloé Chateau

Cette semaine, Édouard Guérin revient dans le Club de lecture pour nous parler de L’Hystéricon de Christophe Bigot. De mon côté, j’ai relu Gatsby le Magnifique du non moins magnifique Francis Scott Fitzgerald et me suis lancée dans le décevant God save la France (vaste programme) de Stephen Clarke.

This week, Édouard Guérin comes back to the Club to tell us about L’Hystéricon from Christophe Bigot. I, on the other side, reread The Great Gatsby from the amazing Francis Scott Fitzgerald and also threw myself in the disappointing A Year in the Merde from Stephen Clarke.

Francis Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique, 1926

Par Chloé Chateau

C’est avec un immense plaisir que j’ai racheté une édition de Gatsby le magnifique en anglais lors de mon dernier voyage à Londres. La première fois que j’ai lu ce chef-d’œuvre de Francis Scott Fitzgerald (réinterprété au cinéma par Baz Luhrmann et Leonardo DiCaprio cette année), c’était en Première, dans le cadre de mon option d’anglais pour le bac. Nous avons décortiqué les vies de Nick Carraway (le narrateur) et de Gatsby en français et en anglais et j’avais toujours gardé un excellent souvenir de cette lecture. D’où mon envie de le redécouvrir avec un peu plus de maturité récemment. Je n’ai pas été déçue, même si j’avoue que je ne souvenais plus exactement de ce à quoi je devais m’attendre. Car Gatbsy c’est avant tout une atmosphère, l’intrigue se mettant elle-même en scène très lentement (on ne commence à réellement « parler business » que vers la moitié du livre). On est en 1922. En plein essor du jazz et des contrebandiers d’alcool, Nick Carraway quitte son Middle West natal pour s’installer à New York. Il s’installe (volontairement) près de chez sa cousine Daisy et son mari, Tom Buchanan et (involontairement) juste à côté de la maison de Jay Gatsby, personnage mystérieux attisant les passions et suscitant les rumeurs dont Nick va devenir l’ami et le confident. Tout commence vraiment avec une de ces fêtes décadentes organisées par Gatsby dans sa merveilleuse maison, juste à côté de chez Nick, alors entraîné dans un tourbillon merveilleux. Mal accueilli lors de sa première publication, Gatsby le Magnifique tombe même dans l’oubli avant d’en sortir dans les années 1950, où il est réédité et trouve enfin son public, enfin considéré, à juste titre, comme l’un des romans les plus importants de la littérature américaine du XXe siècle. La force de Gatsby est de refléter notre société occidentale, quelque soit l’époque. Peu importe en effet les décennies car le monde décadent que décrit F. Scott Fitzgerald au travers de son narrateur Nick Carraway n’est que le cadre d’intrigues bien plus profondes et intemporelles : les amours impossibles, les tragédies et les rêves d’absolu d’un écrivain perdu dans le monde qui l’entoure.

Francis Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique

Francis Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique

Francis Scott Fitzgerald, The Great Gatsby, 1926

By Chloé Chateau

It is with great pleasure that I bought a new edition of The Great Gatsby (in English) the last time I travelled to London. I first read this Francis Scott Fitzgerald masterpiece (that is being reinterpreted for cinema this year by Baz Luhrmann and Leonardo DiCaprio) in high school, when I was 16, as a part of my Baccalaureate English examination. We analysed the lives of Nick Carraway (the narrator) and Gatsby both in French and in English and I always kept very good memories of this reading. Hence my wish to reread it recently. I was not disappointed a bit, even if I must admit I was not sure any more of what I would find for Gatbsy is above all an atmosphere – the plot being installed very slowly: it is not before the half of the book that the reader starts to foresee where it is all going. 1922. While jazz and prohibition are booming, the writer Nick Carraway leaves his Middle West home to settle in New York, near his cousin Daisy (and her husband) but also next door to the mysterious Jay Gatsby, whose friend and confident Nick will soon become. Everything really starts with one of these extravagant parties thrown by Gatsby in his luxurious home, just next to Nick’s, who finds himself taken in a wonderful twirl. The Great Gatsby was not given a warm welcome, far from that, when it was first published. It actually sank into oblivion until the 1950s when it eventually found its audience and started to be (deservedly) considered one of the most important novels of the 20th Century American literature. The strength of Gatsby resides in the fact that it reflects our Western society, no matter which days. It does not matter indeed which decade, since the decadent world that F. Scott Fitzgerald describes via his narrator Nick Carraway is only a frame for deeper and timeless schemes: impossible love, tragedies and dreams of absolute of a writer lost in the surrounding world.

Francis Scott Fitzgerald, The Great Gatsby

Francis Scott Fitzgerald, The Great Gatsby

Stephen Clarke, God save la France, 2005 (A Year in the Merde, 2004)

Par Chloé Chateau

À plusieurs reprises God save la France m’avait fait de l’œil dans les librairies. Le récit d’un Anglais découvrant la France, la vraie – enfin, Paris, en fait – de son point de vue pas si flegmatique que ça. Après avoir fini par craquer, j’ai été franchement déçue. La blague principale du livre (en fil rouge du début à la fin) c’est le mauvais accent des Français lorsqu’ils parlent anglais alors que le narrateur, de son propre aveu, est à peu près incapable d’aligner trois mots dans la langue de Molière. Sujet de blague numéro 2 : les grèves. Bref des blagues un peu nazes qui font sûrement bien rire les Anglais mais qui sont loin de l’image au vitriol de la France que la 4ème de couverture promettait. Finalement il n’y a pas grand-chose à dire sur ce best-seller de Stephen Clarke à part que le traduire en français n’était franchement pas nécessaire.

Stephen Clarke, God save la France

Stephen Clarke, God save la France

Christophe Bigot, L’Hystéricon, 2010

Par Édouard Guérin

Un groupe de jeunes amis et de connaissances juvéniles, se retrouve le temps d’un week-end dans une maison de campagne. D’horizons différents, ces étudiants, pour la plupart, vont devoir prolonger leur séjour de quelques jours à cause de mouvements sociaux sérieux. La France est bloquée, les transports sont paralysés et la rage des Français gronde un peu partout dans le pays. Confrontés aux joies de l’isolement rural, ces drogués de la connexion Internet et des réseaux sociaux vont devoir s’adapter aux contraintes de la vie « offline » et des grèves à répétition. A la manière de nos ancêtres, ces jeunes adultes vont s’adonner aux vieilles traditions d’antan : se raconter des histoires pour passer les soirées. Les journées seront quant à elles épiques… Christophe Bigot est un écrivain contemporain, jeune, et très au fait de sa génération et des suivantes. Dans ce délicieux roman, l’auteur a tâché de créer par ce groupe d’amis une micro-France, à l’image d’un échantillon représentatif de la société. Caricaturale à souhait, cette photo sociétale est cependant assez réaliste sur les préoccupations de nos forces vives françaises. Tous les stéréotypes sont là, la catholique « old school » de droite, de la noblesse en prime, attachée à ses principes et un peu trop disciplinée ; la bourgeoise rebelle et communiste ; l’homosexuel écorché vif mais attachant ; le fumeur de joints, un brin oisif, volage et fan de reggae ; l’intellectuel à lunettes, sensible et idéaliste ; la prolétaire à la vie simple mais peu enviable ; la « pouf » de service, jolie, jalouse, décérébrée mais de bonne volonté ; le révolutionnaire anarchiste, au chômage et anti-tout ; le solitaire mystérieux et la suiveuse insipide, sans réelle personnalité. A vrai dire, la lecture de cet ouvrage est à la fois captivante et repoussante. Cette ambivalence, vraisemblablement voulue et maîtrisée de l’auteur, rend parfois le lecteur schizophrène. A la fois enthousiaste de lire la suite de l’histoire, l’emprisonnement des personnages dans leur propre rôle est, à mon avis, rebutant. A titre personnel, j’aurais aimé les voir dévier de ce qu’ils sont, les imaginer renier leurs idéaux le temps d’une journée ou d’une soirée. Bien que décevant, de ce point de vue, ces caricatures sont néanmoins respectueuses d’une réalité contemporaine : une diversité complexe, résultante de cultures et d’histoires disparates. De toute évidence, L’Hystéricon est un bon roman, bien écrit et palpitant, bien que parfois énervant quant au développement des personnages ; c’est aussi ce qui en fait son caractère ! C’est en tout cas un livre savoureux à lire, ne serait-ce que pour le style, l’histoire et le tableau de cette jeune France encore naïve.

Christophe Bigot, L'Hystéricon

Christophe Bigot, L’Hystéricon